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INTERVIEW | 20.07 | Libellud | Regis Bonnessée
Il y aura un avant et un après 28 juin 2010. Pour la première fois, un jeu franco-français a remporté le tant convoité Spiel des Jahres : un choix courageux du jury, entre bouffée d'oxygène et signal d'alarme pour toute l'industrie allemande du jeu. Dixit, c'est la "gagne" à la française, celle du coeur, de la poésie, de l'imagination… loin de l'artillerie lourde des éditeurs habituels. Presque un mois après cet électrochoc, il était temps de prendre des nouvelles de Libellud.
>>> Jean-Louis Roubira et Marie Cardouat (en photo ci-contre) se sont faits un nom en quelques mois. Une success story qui a commencé à Cannes en 2009, en décrochant l'As d'or à la surprise quasi générale. Aussi formidable que soit le jeu, qui aurait parié alors que l'aventure ne faisait que commencer ?
Depuis Barbarossa (assez proche d'ailleurs de l'esprit de Dixit) en 1988, on croyait le jeu de communication définitivement banni du palmarès. On pensait qu'en période de crise, les éditeurs allemands seraient privilégiés : il n'en fut rien. On pensait qu'Asmodee Allemagne était boudé mais il plaça au sein des nominations deux de ses poulains (dont le futur vainqueur). On pensait qu'il était impossible qu'un petit éditeur décroche la timbale… et une nouvelle fois, le jury a opté pour le contre-pied. Alors que ce coup de tonnerre résonne encore, on a eu envie de savoir comment cela se passait du côté de Libellud et de Régis Bonnessée.
JsP : Peux-tu nous raconter ce qui s'est passé ces dernières semaines, depuis que Dixit est auréolé du Spiel ?
Régis Bonnessée : C’est avant tout énormément de logistique à mettre en place dans un laps de temps très court. Et puis il y a aussi tous les autres projets à venir sur lesquels il faut continuer à avancer, ainsi que le quotidien à gérer.
Heureusement dans cette tache Libellud peut compter sur Asmodée (qui distribue Dixit en Allemagne) et le savoir faire de toute une équipe. Je pense notamment à Pierre Gaubil qui a déjà eu l’occasion de recevoir il y a quelques années de cela le « Spiel des Jahres » avec Days of Wonder pour Les Aventuriers du Rail. L’expérience qu’il a acquise à ce moment là ne pourra nous être que bénéfique.
JsP : Est-ce que tu sais comment a été perçu par les professionnels et les joueurs allemands, le fait qu'on attribue le Spiel à un jeu de communication, de surcroît français ?
R. B. : Le choix du lauréat du « Spiel des Jahres » a toujours ou presque été un sujet polémique. Chaque internaute y va de son pronostic avant le verdict final et forcément les avis et les arguments pour ou contre tel jeu diffèrent. Il en va de même à l’annonce des résultats. Il faut être réaliste, un prix ne fera jamais la parfaite unanimité chez les joueurs. Au final c’est le public qui tranchera. Si le jeu se vend bien c’est que le jury aura fait un bon choix, dans le cas contraire on pourra peut-être commencer à dire qu’ils se sont plantés, sans l’assurance véritable qu’un autre choix aurait réellement été meilleur. Wait and see en somme et rendez-vous dans un an pour faire le bilan.
Quant aux professionnels j’avoue que je n’ai aucune idée de leurs réactions à posteriori. Les autres éditeurs/auteurs/illustrateurs présents devaient chacun porter de grands espoirs en leur « bébé ». Durant un mois, suite aux nominations, ils ont pu y croire, se dire que c’était possible et le couperet est finalement tombé. C’est dur parfois d’être confronté à la réalité brutale des choses.
JsP : Quel impact penses-tu avoir en France avec cette récompense, alors que le jeu est déjà un succès et auréolé de l’As d'or ?
R. B. : De ce que j’ai pu entendre ici ou là le « Spiel des Jahres » a essentiellement un impact sur les ventes en Allemagne, le prix y étant très médiatisé et le jeu vainqueur y étant distribué dans de nombreuses grosses chaines de magasins. Surement que cela va générer en France des ventes supplémentaires, mais d’une façon à mon avis très limitée.
JsP : Tu as posé où ton beau trophée en bois ? Et ton lapin mascotte ?
R. B. : Pour être parfaitement honnête, depuis que je suis rentré, je n’ai pas encore eu le temps de faire trop de rangement… Les choses s’accumulent et le trophée en bois est posé sur un coin de mon bureau pour le moment.
Pour ce qui est de « Lapinou » il dort avec moi dans ma chambre et ses semblables l’ont très vite adopté. C’est important de pas perdre de vu son âme d’enfant. C’est surement ce que l’on a de plus précieux en nous.
JsP : Comment se persuade-t-on des qualités esthétiques du logo du Spiel lorsqu'on doit l'intégrer à la poétique boite de Dixit ?
R. B. : Je crois qu’il y a toujours des choses dans la vie avec lesquelles on arrive à s’accommoder (rires). Plus sérieusement c’est une très grande fierté pour moi que de pouvoir afficher ce logo sur Dixit. Et quelque part heureusement que tous les éditeurs ne se mettent pas à designer leur boite de jeu en fonction des prix qu’ils seraient susceptibles de gagner (rires).
JsP : On peut donc désormais espérer un Dixit 3, un Dixit Pocket, un Dixit "Alchemy", un "Dixit à la plage", un "Dixit fait du ski"?
R. B. : Pour le moment on a juste prévu un Dixit Europe, un Dixit Suisse et un Dixit Etats-Unis. Tout cela bien entendu après le Dixit Allemagne (rires).
JsP : On dit qu'avec le Spiel, ce sont des ventes à 6 chiffres assurées. Justement, comment Libellud compte "assurer" pour répondre à la demande ?
R. B. : Tout simplement en produisant une quantité à 6 chiffres de jeux (rires).
JsP : Cela va-t-il changer les ambitions de Libellud à moyen terme ou tiens-tu à garder l'esprit "Artisan du jeu" ?
R. B. : De toutes les façons je pense que le milieu du jeu est un milieu d’artisans. Et pour moi ce terme n’a rien de péjoratif bien au contraire. Il suffit de voir tous les auteurs de jeux qui chérissent leur prototype et qui essayent de le porter avec passion. Ou bien les éditeurs qui passent un temps considérable à les tester, à les maquetter, à les faire fabriquer (…) tout ça le plus souvent pour des premiers tirages qui ne dépassent pas les 3 à 5000 exemplaires.
De mon côté, ma seule ambition est de pouvoir être libre de porter les projets que j’ai envie de porter. Et surtout j’aimerais à terme qu’une partie de l’argent que rapportera Dixit, grâce notamment à l’obtention du « Spiel », puisse servir à rendre le monde un peu meilleur. Du moins à ma toute petite échelle. Comment, je ne sais pas encore, mais je trouverai bien.
JsP : Est-ce que ce prix va changer la donne pour Fabula, le prochain jeu Libellud, avec par exemple un tirage plus ambitieux afin de bénéficier de la locomotive Dixit ?
R. B. : Je pense qu’il ne faut pas tout mélanger. Dixit reste Dixit et Fabula reste Fabula au même titre que tous les autres projets que Libellud projette d’éditer à l’avenir. J’ai tendance à croire, surtout dans notre petit milieu, que c’est la force intrinsèque d’un jeu qui fait ou non son succès, et non tous les artifices que l’on essaiera de greffer autour. Peut-être, tout au plus, que la première implantation en magasin de Fabula sera meilleure que prévue. Mais par la suite c’est l’avis du public qui décidera si ce jeu mérite ou non de rester sur les étals.
JsP : Nominé pour ton premier jeu en tant qu'auteur, récompensé pour ton premier jeu en tant qu'éditeur… n'envisagerais-tu pas de devenir sélectionneur de l’équipe de France, histoire de nous assurer une place en finale à l'Euro 2012 ?
R. B. : Je crois vraiment qu’il faut savoir rester humble, même après avoir vécu de si belles choses. Je ne suis rien de plus qu’un p’tit gars lambda qui aime bien vivre dans son petit cocon entouré des gens qu’il aime. J’étais là au bon moment voilà tout. Cela aurait pu arriver à quelqu’un d’autre mais c’est tombé sur moi. Ni plus, ni moins.
Quant à un hypothétique poste de sélectionneur de l’équipe de France pour l’Euro 2012 j’y réfléchirai… en 2013 tiens (rires).
Claude | 20-07-2010
Dixit
Editeur : Libellud
Auteur : Jean-Louis Roubira
Nb de joueurs : 3 à 6
Age : à partir de 8 ans
Durée : 30’
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